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Documents pour alimenter Terramorphoses, une oeuvre participative.

Ce blog est un espace de partage d’infos créé autour du projet Terramorphoses Art / Culture/Société Retrouver ce projet et ses actualités sur son site: https://www.terramorphoses.com/

Face à l'art contemporain

 

 

Cultures et culture

Le dictionnaire donne deux définitions à la culture : la première : actions de cultiver la terre, ensemble des opérations propres à tirer du sol les végétaux utiles à l’homme et aux animaux domestiques. La seconde : développement de certaines facultés de l’esprit par des exercices intellectuels appropriés. De ces deux principes, il semble que le monde moderne ait surtout retenu et exalté le second. Par exemple, dans la rubrique « Culture » des journaux se trouvent rassemblées les activités ayant trait à l’érudition, les connaissances abstraites ou les expressions artistiques : littérature, théâtre, musique, cinéma, peinture, sculpture…etc. La culture est de cette façon élevée au rang des créativités sublimées de l’esprit et regroupant en une sorte de phalanstère les créateurs qui constituent une catégorie sociale vouée à un magistère spécifique. Ce magistère les place hors des contingences matérielles tangibles auxquelles la société doit se confronter.
 

Avec ces considérations, on pourrait dire que la culture n’est pas utile à la survie biologique. Sa production ne s’adressant qu’à la part abstraite, subjective, intellectuelle, émotionnelle de la nature humaine. Cette option est d’emblée sélective et labellise les individus cultivés selon des critères qu’elle définit. « Le meilleur ouvrage culinaire ne vaut pas le plus mauvais repas » selon l’expression d’Aldous Huxley. Cependant, dans le contexte de la société contemporaine, si la culture n’est pas indispensable à la survie, elle n’en est pas moins devenue une source de profit considérable et un enjeu important dans la globalisation ou mondialisation. En témoigne par exemple la clause d’exception culturelle, objet d’un véritable contentieux dans les négociations de Maastricht. Car la production abstraite dite de l’esprit concerne des produits tangibles, les films, les disques, les tableaux…etc. et toute autre création marchandisable et donc sujette à transaction, spéculation et concurrence économique. Et voici la culture prise en otage par la loi du marché et la civilisation technico-industrielle productiviste et marchande. Le progrès technologique met au service de ce type de culture des outils de diffusion et de propagation inconnus de toute l’histoire. La capacité de consigner l’écrit, la parole, le son et l’image sur des vecteurs aussi performants permet d’investir la quasi-totalité de l’espace planétaire. Cela s’est produit dans un temps très bref et a bouleversé les processus traditionnels. Dans ce contexte nouveau, Jean-Sébastien Bach qui se considérait comme un humble artisan de la musique, Mozart, Beethoven, Michel-Ange, Cerventes ou plus récemment Modigliani mort dans la misère, seraient devenus avec les droits d’auteur et produits dérivés des milliardaires. Ils posséderaient des yachts et des avions privés, bénéficieraient de la déférence et de la convoitise des médias et seraient interviewés par les magazines les plus prestigieux. L’héritage culturel qu’ils ont laissé à la postérité les aurait très largement mis à l’abri de l’insécurité. L’industrialisation a réussi à transformer ce que l’on appelle culture en une matière importable et exportable. Avec cette évolution, s’est ouvert un champ de bataille d’un genre et inédit où les peuples les mieux équipés technologiquement peuvent dominer et éradiquer les autres cultures. Et l’on voit sous nos yeux l’appauvrissement des cultures du monde par une sorte de monoculture universelle, standardisante, uniformisante et subordonnée au profit sans limite sur lequel se fonde l’idéologie dominante. Ainsi, les vastes peuples de l’oralité, naguère autonomes, ne dépendant que de leurs seules aptitudes et créativité pour vivre objectivement et de leurs arts pour alimenter leur subjectivité et surmonter les difficultés de l’existence sont condamnés, le mimétisme aidant, à l’acculturation. La culture consommable moyennant argent se substitue à la culture vivante et gratuite qui donne un sens et une âme à l’existence élémentaire. Cette acculturation n’est pas le fait du nord contre le sud mais a d’abord affecté les cultures du nord. L’Europe, berceau de la modernité, était elle-même constituée d’une mosaïque de cultures avec des provinces et des terroirs exaltant la diversité de la créativité humaine, inspirée par la diversité naturelle. L’acculturation commence par la négation des particularismes qui donnaient à chaque groupe humain une identité, une spécificité : langue, coutumes, traditions, habitat, costume, art culinaire…etc. bretons, occitans, germaniques, scandinaves, slaves…etc. Certains auteurs européens ont déploré cette perte d’identité au profit d’une culture hégémonique et totalitaire. Entre monoculture culturale et culturelle, la banalisation et le désenchantement affectent le monde. Peut-être faut-il pour mieux comprendre la problématique culturelle d’aujourd’hui se livrer à une petite rétrospective. Elle est à considérer comme une tentative de retrouver, s’il est possible, les racines de la culture. Celle-ci serait une spécificité strictement humaine, bien que le comportement de certaines espèces comme les grands singes commence à ébranler nos certitudes. L’humain, doté d’entendement et de conscience, ne peut se suffire de la seule réalité tangible. Il est capable de représentations mentales, de spéculations abstraites et comme on sait, le monde métaphysique a déterminé son destin d’une façon extrêmement décisive. Cette capacité lui a été précieuse pour s’imposer dans un univers hostile ou sa vulnérabilité physique n’aurait pu triompher de l’adversité et des rigueurs de la condition de survie. Il est le seul semble-t-il à pouvoir par ses aptitudes intellectuelles et manuelles s’adapter à tous les biotopes, d’un pôle à l’autre de la planète. On peut considérer que l’aptitude à modifier artificiellement une réalité rigoureusement prédéterminée pour toutes les autres créatures constitue les germes de la culture. Les obstacles que la nature oppose à la pérennité de l’humain aiguise sa perception du réel, et l’instinct de survie développe ses aptitudes à mettre en valeur les ressources que la nature lui propose pour assurer sa pérennité. La révolution néolithique met fin à la dépendance stricte à l’égard des ressources spontanées des divers biotopes. L’humain participe enfin à la création de son alimentation. Cette activité vitale s’appelle « agriculture », à laquelle nous devons la force hautement symbolique de la culture. L’acte de cultiver ne concerne plus la seule activité agraire mais est appliqué à toute action destinée à valoriser, à développer une potentialité, une ressource ou une aptitude. On cultive les prédispositions d’un enfant, l’art, les sciences, l’amitié…etc. A partir de l’agriculture, la culture s’exprime dans les deux composantes de la réalité humaine, le concret et l’abstrait. La sécurité alimentaire avec la production et le stockage des aliments réduit chez l’être humain l’obsession de la survie et libère son esprit qui peut vaquer à toutes les spéculations culturelles. C’est à cette libération que les grandes civilisations doivent leur essor. Avec son imagination, l’être humain crée des mondes, les cosmogonies, et tout un univers mythique se développe. Chaque peuple tente la cohésion et la cohérence de sa vision du monde. Cette condition est indispensable à l’apaisement d’une pensée interrogative souvent inquiète face à l’immensité du mystère dont nous sommes à la fois les observateurs et les sujets. Les interrogations sur le ciel et la terre, le bien et le mal, la vie et la mort, le visible et l’invisible, le féminin et le masculin…etc. constitueront les archétypes indissociables de la condition des êtres humains. Les paramètres comme le temps, l’espace, la personne, la causalité et l’objet constituent des invariants applicables à tous les humains. Seul l’« habillage » culturel varie. L’universalité et l’unité du genre humain sont sur ce plan incontestables comme elles le sont au niveau physiologique.. Qu’en est il aujourd’hui de la problématique culturelle ? De notre point de vue, nous assistons à l’évacuation de toutes les expressions culturelles non conformes à la définition qu’en a fait la modernité. Dans ces conditions, un bon charpentier, agriculteur, maçon, menuisier, médecin, cuisinier…etc. ne figure pas dans le phalanstère de la culture. Idem des minorités culturelles présentes en Europe et ailleurs, ainsi que ce vaste monde de l’oralité qui, par sa capacité à survivre parfois dans des conditions extrêmes a démontré et inscrit sa culture dans la matière. Ce monde de l’oralité qui faisait dire à Amadou Hampaté Bâ que chaque fois qu’un vieillard mourrait, c’était une bibliothèque qui brûlait. Le plus pénalisé n’ayant pas les outils pour faire valoir ses valeurs et s’enrichir de celles du monde. A l’érosion des sols, de la biodiversité sauvage et domestique, il faut ajouter celle des savoirs et des savoir-faire traditionnels que nous avons la stupidité de laisser ou de faire disparaître alors qu’à l’évidence ils seraient indispensables à un avenir qui ne soit pas subordonné à la seule combustion et consommation énergétique. Il est donc urgent de définir la culture comme étant tout ce qui concerne les potentialités et les actes humains qu’ils s’adressent à la subjectivité, au monde des abstractions ou à la sphère tangible de notre existence. Il est tant que l’éducation prenne en compte cette nécessité pour ne produire ni des intellectuels infirmes ni des manuels souvent considérés comme des indigents de l’esprit. Vive la culture libérée des ghettos et de l’arbitraire de l’élitisme culturel.

 

 

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Extrait :

C’est pour les artistes que l’intégration des oeuvres est problématique, dans la mesure où leur travail vise justement à sortir de là où, pour réussir, il faut être admis – à savoir le monde de l’art, dont les frontières sont matérialisées par les murs du musée. C’est l’insoluble paradoxe de la récupération par l’institution : elle est nécessaire à l’artiste pour exister, puisqu’elle assure sa reconnaissance, voire sa subsistance ; mais elle jette forcément un doute sur la sincérité de sa démarche transgressive. Même si les oeuvres déterritorialisées, dématérialisées, déstabilisées, ne trouvent à s’exposer que par leurs traces enregistrées (dont la vidéo est devenue un instrument privilégié), il demeure un soupçon de compromission avec cela même – le musée, l’institution, voire le pouvoir – à quoi l’on voulait échapper. Car les artistes eux-mêmes ont organisé peu à peu l’intégration au système muséal d’oeuvres conçues comme des défis à ce système. Et en même temps, ils ont tout fait pour ruser avec les murs de l’institution... Portées par un mouvement général de contestation des figures du pouvoir, les années 60 et 70 ont été le moment privilégié des manifestations de mauvaise humeur contre les institutions. Aujourd’hui, bien des artistes continuent à sortir de là où on veut les faire entrer, ou à se tenir à l’extérieur de là où ils ont été introduits et dont ils ne peuvent entièrement s’exclure, sous peine de ne pas même exister : l’art in situ est l’expression la plus typique de cette volonté de se tenir à la marge – quitte, pour les plus radicaux ou les plus sollicités, à refuser d’exposer ou de vendre. En 1994, avec Dispersion, Christian Boltanski cherche à faire sortir du musée non plus le public mais les oeuvres mêmes, en proposant aux visiteurs d’emporter avec eux, jusqu’à dispersion du stock, les vêtements usagés qu’il a entassés : « Je travaille sur la possibilité d’agir hors des lieux muséaux, selon le grand rêve du Bauhaus. Dans un musée, tout finit posé sur un socle, et tout y existe de la même façon », déclarera-t-il. Comment rester dehors sans se trouver exclu ? Comment échapper à l’institution tout en utilisant son pouvoir de consécration ?
Ce paradoxe pose la question de l’authenticité de la démarche des artistes : jusqu’où la volonté de mettre à l’épreuve les frontières du musée est-elle sincère ?

Nathalie Heinich - Éditions de Minuit

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Extrait livre de Pierre Bourdieu
"(…) La culture est menacée parce que les conditions économiques et sociales dans lesquelles elle peut se développer sont profondément affectés par la logique du profit dans les pays avancés où le capital accumulé, condition de l’autonomie, est déjà important (…) Les peintres (artistes) ont mis prés de cinq siècles pour conquérir les conditions sociales qui ont rendu possible un Picasso ; ils ont dû – on le sait par la lecture des contrats – lutter contre les commanditaires pour que les œuvres cessent d’être traitées comme un simple produit, évaluées à la surface peinte et aux prix des couleurs employées ; ils ont dû lutter pour obtenir le droit à la signature, c'est-à-dire le droit d’être traité comme des auteurs. Ils ont dû lutter pour le droit de choisir les couleurs qu’ils employaient, la manière de les employer et même, tout à la fin, notamment avec l’art abstrait, le sujet même, sur lequel pesait particulièrement le pouvoir du commanditaire. (…)"

Pierre Bourdieu / Contre-feux 2 aux éditions Raisons d’agir / arts visuels France

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"(...) le concept d'art doit remplacer le concept dégénéré de capital.(...) le capital c'est la dignité humaine et la créativité.(...) L'art est le capital.(...) Le capital, c'est la capacité humaine et ce qui en découle. (...) deux relations bipolaires: la créativité et l'intention de l'homme.(...) Grâce à un dialogue ininterrompu entre les hommes, cela peut-être sans cesse discuté, cela peut se transformer en une productivité infinie qui forme et transforme le monde et dans certaines circonstances construit un cosmos tout à fait nouveau et précisément ne le détruit pas".

Joseph Beuys

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De la visibilité/

Avant-propos.

  

Extrait :

"L'infléchissement de mes travaux vers une analyse sociopolitique du statut d'artiste m'a amenée à repenser la question de la célébrité comme un déplacement du prestige accordé aux artistes depuis la Révolution : déplacement des créateurs, très présents au XIXe siècle, aux interprètes, dont le statut s'élève considérablement au XXe siècle, pour les raisons et avec les effets que l'on va voir. Voilà qui replace le projet initial dans la continuité d'une problématique quasi constante depuis mon premier livre consacré à Van Gogh : celle de la singularité, dont on va voir comment, après s'être constituée en valeur avec l'avènement du régime démocratique, elle prend un exceptionnel essor dans le « régime médiatique », tel qu'il s'est mis en place durant le siècle en lequel nous sommes nés... 
Chapitre 1, extrait :
« De nos jours, au lieu de voir comme jadis quelques centaines de visages dans le cours d'une vie, nous pouvons en voir un millier au cours d'une seule émission d'actualités télévisée », remarque un psychologue américain. Et certains visages sont, bien sûr, beaucoup plus souvent exposés aux regards que d'autres : acteurs et chanteurs en particulier bénéficient - ou pâtissent - de cette surexposition, à la fois conséquence et cause de leur célébrité. [...] Cette modification capitale, caractéristique du monde moderne, aurait pu trouver un théoricien en la personne du philosophe allemand Walter Benjamin si celui-ci, obnubilé par sa culture lettrée et par son dédain esthète, propre à l'école de Francfort, pour la culture populaire de masse, n'avait focalisé sur les seules œuvres d'art - dont la portée pour l'expérience commune est pourtant limitée - sa remarquable intuition, développée dans l'entre-deux-guerres, sur la « reproductibilité technique » et ses incidences quant à notre rapport aux images. Car la quête de l'original au-delà des reproductions, et la tension entre le lointain et le proche créée par cet écart, s'appliquent au moins autant - et en tout cas de façon beaucoup plus spectaculaire dans la culture dite de masse - aux visages des célébrités qu'aux grandes œuvres de la culture visuelle. À cette regrettable limitation de son objet s'ajoute une erreur d'interprétation, lorsqu'il suggère que l'aura de l'œuvre d'art originale - cette « unique apparition d'un lointain, si proche qu'elle puisse être », selon sa définition obscurément poétique - serait « atteinte » par ses reproductions, comme si celles-ci constituaient une dégradation de celle-là (« au temps des techniques de reproduction, ce qui est atteint dans l'œuvre d'art, c'est son aura »). Certes, « à la plus parfaite reproduction il manque toujours quelque chose : l'ici et le maintenant de l'œuvre d'art - l'unicité de sa présence au lieu où elle se trouve » ; mais c'est l'existence même des reproductions mécaniques depuis l'invention de la photographie qui, par contraste, a pu doter les originaux d'une valeur inédite : sans les reproductions, il n'y aurait pas d'aura, laquelle est donc bel et bien créée par celles-ci. La multiplication à l'infini des reproductions techniques de l'image creuse l'écart entre l'original et ses répliques, augmentant d'autant la valeur d'authenticité de l’original. Ce point est capital, puisqu'il permet de donner sens à la quête de l'origine au-delà des reproductions - mais appliquée aux personnes et non plus aux œuvres d'art - qui depuis près d'un siècle occupe une place et mobilise une énergie émotionnelle considérables, dans la vie de centaines de millions de gens sur toute la planète."


Nathalie Heinich - Éditions Gallimard

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 Franck lepage

" Inculture(s) »

" L.éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu "

ou

" une autre histoire de la culture"

Edition du cerisier

 

http://www.scoplepave.org/docus/FL_incultures1_txt.pdf

 

Extrait:

Il m'est arrivé cette chose terrible : J'ai arrêté de croire à la Culture. Alors

J'ai quitté Paris. Quand vous êtes dans la Culture, vous habitez Paris.

C'est là que sont tous les cultivateurs chez nous

Je ne souhaite ça à personne. Vraiment. C'est une expérience terrible.

A 7 ans, j'avais déjà perdu le Père Noël. A 18 ans, j'avais arrêté de

croire en Dieu. Déjà, vous devenez beaucoup plus seul, mais alors à 47

ans, j'ai arrêté de croire à la culture ! Je suis devenu « athée culturel »,

je ne sais pas trop comment dire. J'avais fini par me dire que c'était

une religion.la religion de la gauche, en somme. Vous vous retrouvez

très seul (...)

Voilà, c'est à ça que j'ai arrêté de croire.

Je faisais ça dans les banlieues, c'est là qu'ils sont souvent, les

pauvres... Et donc, je leur balançais des charrettes d'engrais culturel.

Essentiellement sous forme d'art contemporain. Et de « création ». Il y a

beaucoup de fumier dans l'art contemporain. De la danse

contemporaine, du théâtre contemporain, de la musique contemporaine.

Alors, l'idée, c'est que les pauvres allaient pousser. et rattraper les

riches. C'est l'idée de « l'ascension sociale » par la culture

C'est à cela que j'ai arrêté de croire. (…)