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L'art et le partage - Sociétés cellulaires / Jean Claude AMEISEN

Publié le 2 Septembre 2012 par Balladart in Documents Thématiques liés Terramorphoses

 

eau 

L'émotion devant une œuvre d’art nous livre une partie du monde intérieur de l'artiste.
"Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais aussi ce qu' il voit en lui" disait le peintre romantique Gaspard Frederich.
Mais le peintre ne doit pas obligatoirement peindre!
Une œuvre d’art n’est pas obligatoirement ce qu’une personne a créé même si nous le pensons souvent en Occident. Il existe ailleurs, il a existé avant, d’autres formes d'art.

Il existe en Chine des tableaux de pierre que l’on appelle des pierres de rêves. Ce sont des tranches de roches à l'intérieur desquelles se dessinent des paysages, des montagnes, des arbres, des lacs, des nuages qui ont émergé spontanément dans la pierre au cours du temps.
L' artiste est celui qui va dans la montagne ouvre la roche, la découvre, voit, reconnaît ce tableau naturel, en est ému, en découpe un pan, lui donne un titre et le signe de son nom.
L’artiste peut être simplement celui qui nous donne à voir ce qu’il a découvert, ce qu’il a imaginé, ce qu’il a reconnu, ce qu'il a ressenti. L’œuvre d‘art peut être simplement ce partage d’un regard à travers l'espace et le temps."

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"Une idée longtemps prédominante en biologie a été que la disparition de nos cellules – comme notre propre disparition en tant qu’individus – ne pouvait résulter que d’agressions de l’environnement, d’accidents, de destructions, de famines, d’une incapacité intrinsèque à résister au passage du temps, à l’usure et au vieillissement. Mais au long de cent cinquante ans d’interrogations, de perplexité et de recherches qui se sont longtemps poursuivies dans l’obscurité avant d’émerger en pleine lumière, la réalité s’est progressivement révélée de nature plus complexe et plus paradoxale.

Aujourd’hui nous savons que toutes nos cellules possèdent, à tout moment, la capacité de déclencher leur autodestruction, leur mort prématurée, avant que rien, de l’extérieur, ne les détruise. C’est à partir de leurs gènes – de nos gènes – que nos cellules produisent les « exécuteurs » moléculaires capables de précipiter leur fin, et les « protecteurs » capables un temps de neutraliser ces exécuteurs. Et la survie de chacune de nos cellule dépend, jour après jour, de la nature des interactions provisoires qu’elle est capable d’engager avec d’autres cellules de notre corps, interactions qui seules lui permettent de réprimer le déclenchement de l’autodestruction.

Une cellule qui a vécu un jour, un mois, ou un an dans notre corps est une cellule qui, pendant un jour, un mois ou un an, a réussi à trouver dans son environnement les molécules, fabriquées par d’autres cellules, qui lui ont permis de réprimer son autodestruction. Une cellule qui commence à mourir dans notre corps est, le plus souvent, une cellule qui, pour la première fois, vient de cesser de trouver dans son environnement les molécules nécessaires à la répression de son autodestruction.
Ces données ont commencé à modifier les représentations que nous nous faisons de la mort. À l’image ancienne de la mort comme une faucheuse, surgissant du dehors pour détruire, s’est surimposée, au niveau cellulaire tout du moins, une image nouvelle, celle d’un sculpteur, au cœur du vivant, à l’œuvre dans l’émergence de sa forme et de sa complexité. Et ces données ont aussi commencé à modifier les représentations que nous nous faisons de la vie, au niveau tout du moins des cellules qui nous composent.

Nous percevons habituellement la vie comme un phénomène positif, qui va de soi, mais ces notions que je viens d’évoquer suggèrent qu’elle résulte de la négation continuelle d’un événement négatif, de la répression continuelle d’une autodestruction. Nous percevons habituellement la vie comme un phénomène individuel – une cellule vit – mais ces notions suggèrent que la vie a aussi une dimension collective. En d’autres termes, lorsque nous observons une cellule et que nous nous demandons quels sont les éléments qui sont à la fois nécessaires et suffisants à sa survie, nous ne pouvons pas véritablement répondre si nous oublions qu’une partie de la réponse est « la présence d’autres

cellules ».
Nous sommes des sociétés cellulaires dont chacune des composantes vit en sursis, et dont aucune ne peut survivre seule. Et c’est de cette précarité même, de cette fragilité, de cette vulnérabilité et de l’interdépendance absolue qu’elles font naître que dépend notre existence en tant qu’individu."

 

 

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