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Le Langage des oiseaux / Jean Claude Ameisen

Publié le 3 Septembre 2012 par Balladart in Documents Thématiques liés Terramorphoses

 

 

 

France Inter

 

"Sur les épaules de Darwin" le samedi entre 10 et 11h 
Jean Claude Ameisen est médecin, immunologiste et chercheur en biologie.

http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-le-langage-des-oiseaux-partie-2-les-battements-du-temps-27?&comments=votes

 


Le Langage des oiseaux, Manteq ut-Tayr, est l'oeuvre du poète mystique Persan Farid ud-Din 'Attâr du XIIIe siècle, un des plus grands soufis, avec Rumi, de la Perse médiévale. Poète Persan (aujourd'hui l'Iran) Farid ud-Din 'Attâr a vécu de 1119 à 1190 ou encore jusqu'en 1220). Médecin, il pratiquait la pharmacie.

La recherche de l'Un-Absolu est illustrée par le voyage des oiseaux partis en quête de Simorgh, leur mystérieux roi.

Ils traversent maintes épreuves symbolisées par diverses vallées :

- Talab"(la recherche, demande)
- Ishq (Amour)
- Ma'refat (La connaissance)
- Isteghnâ (Détachement- se suffire à soi-même)
- Tawhid (L'Unicité de Dieu)
- Hayrat (Stupéfaction)
- Faqr et Fana (La pauvreté et l'anéantissement)


En chacun de ces lieux, il leur est demandé de sacrifier un des aspects de leur être avant d'abandonner leur Soi le plus profond. Telle est la condition nécessaire pour atteindre le premier but recherché consciemment. Les oiseaux arrivent au sommet de la montagne Qâf, là où le roi Simorgh les accueille et leur apprend qu'il est leur miroir comme ils sont le sien. C'est alors que commence la quête véritable.

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« Un être composé d’autres êtres […]. 

« Deux merveilleuses fictions, l’une conçue en Italie, l’autre dans la ville de Nishapour.  

La première est dans le dix huitième Chant du Paradis [dans la Divine Comédie]. 

Durant son voyage à travers les sphères célestes, Dante observe une joie grandissante dans les yeux de Béatrice, et un accroissement de sa beauté. […] 

Dans l’arc le plus large de cette sphère céleste, où la lumière est blanche, des créatures célestes chantent et volent […] puis dessinent la forme d’une tête d’Aigle. 

Puis la totalité de l’Aigle se met à briller. L’Aigle est composé de milliers de Rois justes. […]  

L’Aigle parle d’une voix unique, et dit « Je », et non pas « nous ». […] 

Que quiconque ait jamais été capable de surpasser l’une des grandes figures de la Divine Comédie semble inimaginable. […] 

Et pourtant, le fait eut lieu. 

Farid ud-Din Attar conçut l’étrange Simorgh, qui signifie Trente Oiseaux, et qui surpasse l’Aigle de Dante. […]  

L’intrigue du Mantiq-al-Tayr [La Conférence des oiseaux] est la suivante : 

Le lointain roi de tous les oiseaux, le Simorgh, fait tomber l’une de ses magnifiques plumes au centre de la Chine : les oiseaux décident de partir à sa recherche. 

Ils savent que le nom de leur roi signifie Trente oiseaux ; ils savent que son palais est situé dans Kaf, la montagne circulaire qui entoure la Terre. Ils s’embarquent dans l’aventure presque sans fin. 

Ils passent à travers sept vallées ou mers ; le nom de l’avant-dernière est Vertige, le nom de la dernière, Annihilation. 

De nombreux pèlerins abandonnent, d’autres périssent. Trente, purifiés par leurs efforts, atteignent la montagne du Simorgh.   

Enfin ils le voient : ils perçoivent qu’ils sont le Simorgh, et que le Simorgh est chacun d’entre eux, et eux tous. 

Dans le Simorgh sont les trente oiseaux, et dans chaque oiseau est le Simorgh. 

Silvana Ocampo a mis cet épisode en vers. 

« L’oiseau était comme un gigantesque miroir 

les contenant tous, et non un simple reflet 

Dans ses plumes, chacun trouvait ses propres plumes… 

dans ses yeux, ses propres yeux, avec le souvenir des plumes. » 

La différence entre l’Aigle de Dante et le Simorgh d’Attar est aussi évidente que leur ressemblance. Les personnages qui constituent l’Aigle ne se perdent pas en lui. Mais les oiseaux qui contemplent le Simorgh sont en même temps le Simorgh.  […]  

Une observation finale. […] Les pèlerins avancent à la recherche d’un but inconnu ;  ce but, qui ne leur sera révélé qu’à la fin, ne doit pas apparaître simplement comme un renseignement supplémentaire, mais doit faire naître l’émerveillement. 

[En révélant que] les chercheurs sont ce qu’ils cherchent. » 

......................

 

« Ayant traversé les cercles de l’Enfer et les terrasses du Purgatoire, Dante voit enfin Béatrice. […]

Le matin du treizième jour d’Avril de l’année 1300, l’avant dernier jour de son périple, Dante, ayant accompli ses épreuves, entre dans le Paradis terrestre qui couronne le sommet du Purgatoire. Il a vu le feu temporel et le feu éternel, il a traversé un mur de flammes. […]   

Par des chemins de l’ancien jardin, il atteint une rivière plus pure qu’aucune autre, bien que les arbres ne permettent ni au soleil ni à la lune de s’y refléter. 

Une mélodie court à travers les airs, et sur l’autre rive, s’avance une mystérieuse procession.  […] La procession s’arrête, et une femme voilée apparaît ; sa robe est de la couleur d’une flamme vivante.  Pas par la vue, mais par la stupeur dans son esprit et la crainte dans son sang, Dante comprend que c’est Béatrice. 

Au seuil de la   Gloire, [comme un enfant perdu] il ressent soudain l’amour qui l’avait si souvent transpercé à Florence. […]  

Avec la mort de Béatrice, Béatrice perdue pour toujours, Dante, pour atténuer son deuil et sa peine, joua avec la fiction de la rencontrer de nouveau. 

[…] Je crois qu’il a construit l’entière architecture de son poème dans le seul but de pouvoir y insérer cette rencontre» 

 

  

borges-copie-1.jpg

 

 

Neuf essais sur Dante

de Jorge Luis Borges
éditeur : Editions Gallimard
parution : 1987

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

oiseaux.jpg 

Le langage des oiseaux

de Farîd-ud-Din 'Attâr
éditeur : albin michel
parution : 1996
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